Recrutement : compétences vs parcours de formation ?

May 22, 2018 Geoffroy De Lestrange

Pourquoi ? Les experts pointent du doigt une pénurie de compétences dans la main-d'œuvre disponible. Mais une autre école de pensée émerge, qui considère que les recruteurs ne se concentrent pas sur les bonnes qualifications lorsqu'ils évaluent les candidats.

Le curriculum vitae classique - rempli d’informations sur le parcours de formation et les notes obtenues - fait partie du passé, selon certains managers et personnes chargées de la gestion des talents. Les recruteurs doivent plutôt se concentrer sur les compétences réelles des candidats.

Evaluer les compétences plutôt que les références

Prenez par exemple Google. Les recruteurs de l'entreprise avaient l'habitude de demander aux candidats leurs relevés de notes, leur moyenne pondérée cumulative (GPA) et leurs notes d'examen. Ils se sont rendu compte que ces éléments n’avaient pas d’utilité dans le cadre d’un recrutement, a déclaré au New York Times Laszlo Bock, vice-président des ressources humaines chez Google. Selon lui, jusqu'à 14 % des collaborateurs de Google n'ont jamais fait d’études supérieures.

Aujourd'hui, Google évalue les candidats lors d'entretiens basés sur une analyse comportementale, où le comportement passé est considéré comme un indicateur important du comportement futur. L'expérience d'un candidat dans la gestion de projets ou l’amélioration d'un processus métier est plus valorisée que l'intelligence brute.

Wade Foster, PDG de Zapier, un service d'automatisation d'applications web, est en phase avec l'accent mis par Google sur les éléments comportementaux. « Les références montrent dans quelle mesure une personne peut naviguer dans un système bureaucratique » explique-t-il « mais c'est un mauvais moyen pour prédire le succès d’un recrutement ».

Repenser le recrutement

Alors que les gouvernements s’efforcent de combler le déficit de compétences en réorganisant les programmes de formation professionnelle (comme la réforme de la formation professionnelle en France ou l’initiative « Upskills » de Barack Obama), le secteur privé adopte une approche différente. La Fondation Gates, par exemple, s'est associée à « Innovate+Educate » pour promouvoir un recrutement «centré sur les compétences ». Les employeurs élaborent un référentiel reposant sur les compétences et les profils qu'ils recherchent. Les candidats passent par la suite des tests pour démontrer une compétence et peuvent même recevoir une formation s'ils ne réussissent pas le test, selon Business Insider.

Cette initiative, baptisée « New Options Project », est une approche « gagnant-gagnant ». Les candidats trouvent des emplois qui leur permettent de valoriser leurs compétences et les employeurs recrutent de nouveaux employés qui ont besoin de 50 % de temps en moins pour se former et sont jusqu'à 75 % moins susceptibles de démissionner, selon Innovate+Educate.

Bill Gates, qui n’affichait aucun diplôme universitaire avant de fonder Microsoft, a expliqué à « Fast Company » que la vocation du « New Options Project » est de créer « des titres de compétences qui soient suffisamment fiables et bien compris pour que les employeurs les considèrent comme une véritable alternative à un diplôme ».

Trois domaines où s'affrontent compétences et diplômes

Commerce : Les titulaires d'un MBA et leurs pairs non diplômés s’écharpent depuis longtemps sur la valeur d'un diplôme d'études supérieures en administration des affaires. Les partisans du MBA affirment qu'il s'agit d'un prérequis indispensable à tout aspirant chef d'entreprise, et qu'il garantit l’obtention d’un excellent poste et d’un salaire élevé. Les critiques rétorquent que ces diplômes sont une perte de temps et d’argent, car ils ne donnent pas aux professionnels les connaissances spécialisées dont ils ont besoin pour réussir. Mariana Zanetti, auteur de « The MBA Bubble », suggère que certains candidats au MBA s'inscrivent dans les meilleures écoles uniquement pour ajouter une ligne à leur curriculum vitae, mais que leur trajectoire de carrière aurait été la même, avec ou sans ce diplôme.

Cybersécurité : Une certification en sécurité des systèmes d'information peut être valorisée dans le domaine du numérique, mais ne représente pas un « laisser-passer pour l’emploi », déclare Philip Reitinger, Responsable de la sécurité informatique chez Sony Corp, dans une interview donnée à FierceGovernmentIT. Selon lui, les compétences techniques et la réputation d'un candidat ont plus d'importance. « Si le candidat sait ce qu’est un "kernel", peut me parler de "buffer overrun" et des différentes façons d’y remédier, et s’il prouve qu’il dispose des compétences pour y parvenir, il a toutes ses chances pour obtenir le poste » explique Philip Reitinger.

STEM : Les diplômes de sciences, de technologie, d’ingénierie ou de mathématiques (STEM) sont souvent perçus comme un passeport offrant à l’accès à un travail « en or » et une retraite anticipée. Mais les statistiques démontrent une autre réalité : seuls 43 % des employés des secteurs concernés ont des diplômes STEM, selon un rapport du ministère du Commerce américain. « La grande majorité des spécialistes des STEM qui n'ont pas de diplôme dans ce domaine, voire pas de diplôme tout court », selon un article du Huffington Post consacré à ce rapport. Comme Bill Gates.

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A propos de l'auteur

Geoffroy De Lestrange

Product Marketing & Communication Director EMEA at Cornerstone OnDemand

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