Le sens au travail, une utopie des temps modernes ?

December 6, 2017 Emmanuelle Lacroix

[1]. Les « bullshit jobs » mis en avant par David Graeber sont le reflet d’une aspiration insatisfaite, celle de se sentir utile. La société aurait-elle, comme l’anthropologue le prétend, produit des métiers vains et oiseux, à cause des progrès technologiques ? Le fait est qu’une part croissante de la population française souffre de bore-out, et que les parcours alternatifs se développent de plus en plus. Ainsi, il n’est plus rare de rencontrer un diplômé de grande école qui a totalement changé de voie. Jean-Laurent Cassely, auteur de La révolte des premiers de la classe, pointe plusieurs explications : essentiellement une volonté de se rapprocher du monde physique et concret, ainsi que l’appauvrissement des tâches des métiers à dominante intellectuelle.

Heureusement, les entreprises et, en première ligne les DRH, ne sont pas absolument sans ressources pour insuffler de la motivation. L’enquête Deloitte pointe quelques leviers d’actions mis en avant par les salariés : apprendre de nouvelles choses, transmettre des compétences, recevoir des preuves reconnaissance, comprendre ses erreurs, aider à résoudre un conflit... Dans ce contexte, les outils de formation et de partage des connaissances représentent une aide précieuse pour que chaque employé puisse prendre la main sur son parcours, gagner en compétences, et trouver du plaisir à son travail. Les managers ont par ailleurs un rôle crucial à jouer : ils doivent bien entendus non seulement prodiguer des retours réguliers, encourager la formation continue, mais aussi être attentifs au bien-être de leurs équipes, quitte à réadapter leur poste au fil du temps. L’hyperspécialisation et la fragmentation des tâches sont ainsi de plus en plus mal vécues. Il faut donc redonner aux individus la conscience de faire partie d’un tout et, s’ils sont en demande de missions concrètes, les rapprocher du client final et du produit fini. Trouver du sens à son activité, c’est avoir conscience que sa voix compte, quel que soit son métier au sein de l’entreprise. Impliquer chacun dans l’innovation – pourquoi pas en favorisant l’intrapreneuriat – est sans doute une voie privilégiée à explorer pour mettre fin au « big company disease ».

Résoudre la crise existentielle du travail n’impliquera pas nécessairement la fin de ces « métiers inutiles » auxquels de nombreux salariés trouvent du sens. En revanche, il paraît nécessaire de repenser les modèles d’entreprise et les méthodes de management. Au XXIème siècle, le sens au travail passera nécessairement par le décloisonnement des tâches et l’encouragement de la prise d’initiative.

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[1] http://www.lefigaro.fr/entrepreneur/2017/11/09/09007-20171109ARTFIG00002-le-sens-au-travail-ou-la-quete-du-graal-des-salaries-francais.php

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A propos de l'auteur

Emmanuelle Lacroix

Emmanuelle (Em) is the EMEA Partnership Development Manager for the CSOD Foundation. She is working on expanding the reach and impact of the Foundation’s capacity building offers to support the talent management agenda of the Non Profit sector. Prior to joining the Foundation’s team, Em worked in HR and Learning positions with the likes of the British Red Cross and Save the Children, both in the field and HQ.

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